Applications de la chirurgie laser

Un outil à tout faire

En chirurgie, les lasers se taillent la part du lion. Depuis leur invention, ce qui passait pour un gadget utilisé en optique et en physique est devenu un outil indispensable dans bon nombre de secteurs de nos vies. En particulier, cette lumière quasi-magique à l’énergie phénoménale est devenu irremplaçable pour les chirurgiens. On devrait parler d’ailleurs de lasers au pluriel car, suivant leur fabrication, leur puissance, leur matériau actif (azote, hélium, rubis, etc), ils peuvent servir à de nombreuses tâches différentes. Un même laser peut avoir plusieurs applications, plusieurs effets suivant la longueur d’onde, le rayonnement et la puissance du faisceau.
Tel un scalpel de haute précision issu des recherches optiques, le laser permet des découpes hyper-précises. Cependant, suivant les « options » permises par cet instrument révolutionnaire, les techniques sont nombreuses. Les trois plus courantes sont la pulvérisation, la fracturation mécanique et l’évaporation.
Il existe aussi des procédés plus élaborés comme le LITT : Laser-Induced Interstitial Thermotherapy (ou thermothérapie laser interstitielle). Grâce au fort rayonnement et à l’énergie focalisée sur un espace très précis, cette technique permet la production de nanoparticules par « arrachage » puis le dépôt de celles-ci sur le tissu-cible dans le traitement de cancers, notamment ceux qui se révèlent difficiles d’accès. En résumé, pour mieux comprendre, on élève la température de la zone jusqu’à la nécrose du tissu visé. Cette technique est efficace sur les cellules tumorales cancéreuses cérébrales.
Voyons en détail le champ d’applications des lasers en chirurgie et dans le milieu médical en général.

Dermatologie et esthétique : une nouvelle peau

En dermatologie, les applications sont très nombreuses. Là aussi, les variations de l’énergie émise et de la longueur d’onde permettent de proposer un traitement ciblé suivant les tissus visés.
On peut dans un souci esthétique réduire les imperfections naturelles de la peau : effacer les cicatrices, les tâches de naissance, les couperoses, des verrues, etc.
Avec le même laser dit « à colorant pulsé », on s’est rendu compte qu’à faible puissance, il était souverain pour le traitement de l’acné. Ce traitement doux réduit apparemment de moitié l’acné et ses conséquences : inflammations et cicatrices.
Au niveau purement esthétique, les lasers ont aussi un rôle important à jouer.
On les utilise de manière régulière pour le lissage des rides et ridules. Contrairement au peeling qui est une abrasion de la peau à l’aide de produits chimiques, le laser a une action thermique. C’est en effet une brûlure maîtrisée grâce à la gestion de la puissance et du rayonnement du laser. Il s’agit d’un traitement assez lourd, surtout pour la cicatrisation. Mais il existe aussi des lasers au rayonnement plus faible, on parle là de photo-rajeunissement.
Autre traitement assez long et douloureux : le dé-tatouage. Depuis quelques dizaines d’années, les tatouages sont à la mode et les demandes d’enlever des tatouages ratés ou ne correspondant plus à l’état d’esprit de la personne se multiplient. Là aussi, la longueur d’ondes varie suivant la couleur à enlever. On utilise le laser Yag pour le noir, le marron et l’orange, Alexandrite pour le bleu et le vert, et laser KTP pour le rouge. Le traitement consiste à envoyer des impulsions qui vont fragmenter les « gouttes » d’encre dans la peau. Il faut savoir que ce type d’effacement prend du temps et de nombreuses séances qui semblent douloureuses.
La liposuccion ou plutôt lipolyse laser permet non seulement de détruire les cellules graisseuses mais aussi les fibres de collagène qui vont se renouveler. On introduit sous la peau une fine canule, sous anesthésie locale, qui va chauffer et détruire grâce à une longueur d’onde bien définie les parois des cellules adipeuses. La graisse libérée sera ensuite aspirée. Les effets du laser, comme on l’a déjà vu, vont cautériser dans la foulée les vaisseaux sanguins, permettant une meilleure cicatrisation et une apparition amoindrie des hématomes. Enfin, les fibres de collagène vont fondre elles aussi, facilitant un renouvellement de la peau qui en sera retendue.
La lipolyse laser est préconisée sur les zones sensibles dans lesquelles la liposuccion ne permet pas le renouvellement et la rétraction de la peau comme le cou, le visage, les bras et les cuisses.
Autre domaine esthétique où les lasers sont efficaces : l’épilation.
Il est vrai qu’on parle parfois à tort d’épilation définitive, mais l’efficacité de l’épilation laser est évidente : la réduction des poils peut aller jusqu’à 80 voire 95 %. L’énergie lumineuse est absorbée par la fameuse mélanine, présente dans le bulbe pileux, qui va monter en température et être détruit. On nomme cela la photo thermolyse sélective. Comme la mélanine est ciblée, l’épilation au laser est plus efficace sur une peau claire ayant un système pileux foncé.
Cependant, les dernières générations de lasers marient les longueurs d’onde des appareils Yag et Alexandrite : ils permettent donc d’intervenir sur tous types de peaux, y compris les foncées.

Chirurgie et neuro-chirurgie : un laser précieux

Ce laser d’un nouveau genre est un outil devenu indispensable dans bon nombre d’opérations chirurgicales. Il est aussi souvent utilisé avec d’autres applications ou techniques pour le plus grand confort du malade. En effet, le laser non seulement découpe plus précisément, mais arrête en même temps le saignement, favorise la cicatrisation et permet des actes chirurgicaux en ambulatoire là où il fallait auparavant quelques jours de convalescence et de suivi médical.

De même, cette faculté de cicatrisation quasi-instantanée permet d’opérer des malades prenant des médicaments favorisant la non-coagulation du sang, comme les aspirines ou les anti-coagulants.
Il serait trop long de faire le tour des utilisations des lasers dans les actes chirurgicaux .
Prenons quand même l’exemple de l’angioplastie par laser Excimer pour souligner l’avantage de techniques peu invasives. L’angioplastie permet le débouchage et/ou la réouverture d’artères coronaires affaissées, notamment pour les occlusions. Le laser Excimer dégage l’artère obstruée, acte relativement léger par rapport à ce qui se faisait avant : une opération lourde où l’on devait ouvrir largement le torse du patient.
C’est un peu la même chose pour les lithotripsies ou éliminations de calculs rénaux, vésicaux et bilaires. Dans certains cas, le laser est passé grâce à une minuscule canule par les voies naturelles.

Cancers : des techniques gagnantes

En général, on utilise trois sortes de lasers dans le traitement des cancers ; leurs rayonnements diffèrent et sont donc utilisés pour leurs effets distincts.
Le laser Nd:Yag permet le traitement des organes internes, plutôt par endoscopie en détruisant les cellules ou tumeurs cancéreuses comme lors du cancer du col utérin.
Pour les découpes, on utilise les laser à Argon et les laser CO2 . Ils permettent aussi des actes plus rapides, comme pour l’ablation de mélanomes cutanés, ou plus sûrs pour les interventions internes comme l’ablation de la prostate.
La technique LITT vue plus haut est utilisée pour les métastases du foie et les interventions au niveau du cerveau. Des zones sensibles et difficiles d’accès.
Les chirurgiens règlent la puissance, l’énergie et la longueur d’ondes pour brûler ou exciser, y compris les symptômes issus de certains cancers comme des tumeurs ou des saignements, responsables par exemple du blocage de l’œsophage ou de la trachée.
Dans le domaine du traitement, il existe ce que l’on pourrait appeler une chimiothérapie laser : la thérapie photodynamique. On injecte dans le corps du patient des molécules photosensibilisantes. Les tumeurs vont accumuler ces substances photo-toxiques, c’est-à-dire qui deviennent toxiques à la lumière. Il « suffit » alors de passer la lumière des lasers à Argon pour activer ces substances qui vont détruire les cellules cancéreuses.
Sortons un peu du champ de la chirurgie pure et parlons prévention.
Une des dernières techniques mises en œuvre grâce aux lasers est l’imagerie médicale. On l’utilise de plus en plus non seulement en prévention, comme pour des mammographies plus confortables et plus précises, mais aussi pour la recherche optique des lésions très fines. En effet, il n’est plus rare d’utiliser les vertus du laser dans le traitement d’images médicales pour la recherche notamment avec les hologrammes. Une utilisation des lasers dans le domaine de l’optique pure peut donc faire avancer le milieu chirurgical.

Physiothérapie : un laser doux

Bien loin d’une épée de lumière découpant en deux un Stromtrooper dans Star Wars, le laser peut aussi être utilisé de manière douce, en particulier en physiothérapie.
Ce laser doux accélère la guérison de tissus musculaires, lymphatiques, vasculaires et nerveux. Son champ apparaît donc immense: tendinites, entorses, contusions, arthroses, inflammations, etc.
Le laser CO2, par exemple, dont la longueur d’onde est de l’ordre de 106 000 microns, dilate les vaisseaux sanguins et réduit les œdèmes, soulage les tendinites.
Un laser hélium-néon a un faisceau d’ondes encore plus faible : 6 nanomicrons.
La techniques du laser LLLT (ou Low Level Laser Therapy) augmente la récupération et la réparation des tissus musculaires et des tendons.
C’est un allié précieux des physiothérapeutes et des malades dont le soulagement de douleurs chroniques ou dues à un traumatisme ne trouve plus de solution dans les traitements médicamenteux.

Odontologie : fini la roulette ?

On trouve de plus en plus de lasers dans l’arsenal impressionnant des outils des cabinets dentaires. Leurs vertus cicatrisantes et antiseptiques, ainsi que la faible douleur accompagnant les gestes des professionnels en font un outil efficace dans un contexte souvent douloureux et aux tissus fragiles.
Les lasers « diode » permettent :

  • une hémostase rapide voire immédiate (arrêt des saignements),
  • une cicatrisation accélérée,
  • pas de récession parodontale (déchaussement des dents).
    Moins d’anesthésie et moins de douleurs post-opératoires pour le patient et plus de confort pour le praticien.
    Les applications sont donc là aussi nombreuses : gingivectomies, évictions gingivales, traitements de précision des poches parodontales, des herpès buccaux et aphtes (asséchement, désinfection), fibromes (ablation), etc.
    Si la fameuse roulette a encore de beaux jours devant elle, elle devrait être détrônée dans les années qui viennent pour le plus grand plaisir des patients.

    Ophtalmologie : au centre de l’œil

    Un champ d’application énorme est bien sûr l’ophtalmologie. En effet, les yeux sont un champ optimal pour un instrument d’optique à la base : la transparence des tissus permet la traversée du faisceau du laser. La fragilité des tissus est aussi un bon terrain pour un outil permettant une découpe ultra-précise et une cicatrisation quasi instantanée.
    Là aussi, techniques et lasers sont multiples suivant les opérations, les tissus ciblés, leur couleur, leur teneur en eau, etc.
    La technique la plus connue est le LASIK (Laser Assisted in Situ Keratomileusis) car il permet de soigner l’hypermétropie, la presbytie, l’astigmatisme et la myopie, bref quasiment tous les spectres des anomalies de l’œil. En gros, le laser femtoseconde est utilisé dans la découpe de la cornée pour que le chirurgien puisse intervenir à l’intérieur même de l’œil.
    À la fin de l’intervention, le partie de la cornée coupée avec le femtoseconde est refermé... comme le capot d’une voiture.
    Comme pour l’imagerie médicale décrite plus haut, les lasers peuvent aussi intervenir en amont pour une image de diagnostic grâce à des ophtalmoscopes lasers de haute précision.
    En conclusion, le chirurgien a trouvé dans les lasers un outil multifonction d’une efficacité inégalée. Les thérapies laser sont souvent bien plus chères (coûts de outils plus formation des professionnels) que des interventions « à l’ancienne », mais les bienfaits, notamment par l’amoindrissement des séquelles, compensent largement ces surcoûts. Le confort des malades est primordial dans les actes chirurgicaux, les lasers y contribuent amplement.